Les chiffres
Souvent, le contrat va à la seule soumission déposée.
Près d’un appel d’offres compétitif sur trois au Québec ne reçoit qu’une seule soumission. En services professionnels, c’est plus d’un sur trois. Et le taux n’a pas bougé de 2021 à 2024, pendant que les outils de rédaction assistée se multipliaient.
Ce que disent les données du SEAO
Sur 88 000 appels d’offres compétitifs déposés entre 2021 et 2024 :
- 20,4 % des avis publics n’ont reçu qu’une seule soumission. L’appel d’offres était ouvert à toute la province.
- 57,6 % des appels d’offres sur invitation n’en ont reçu qu’une seule. Plus de la moitié du temps, l’invité était seul dans la course.
Ce n’est pas un creux passager. En incluant les invitations, la part des appels d’offres compétitifs à un seul soumissionnaire tient la même bande sur quatre ans :
| Année | Un seul soumissionnaire |
|---|---|
| 2021 | 29,7 % |
| 2022 | 32,6 % |
| 2023 | 31,1 % |
| 2024 | 29,5 % |
Source : analyse de compétitivité des marchés publics établie à partir des données ouvertes du SEAO (Adjudica), 2021-2024. Les appels d’offres sur invitation sont inclus dans la série annuelle. En services professionnels, la part se situe près de 35 %.
Dans ces appels d’offres, votre concurrent est le seuil
Quand un appel d’offres ne reçoit qu’une soumission, il n’y a pas de firme à battre. Il reste quand même une note à obtenir. Le comité de sélection évalue la qualité avant d’ouvrir le prix, qu’il y ait une enveloppe ou six. Sous 70 %, votre prix vous revient fermé même si personne d’autre n’a déposé : le contrat n’est pas attribué et l’appel d’offres est relancé.
C’est pour ça que les deux chiffres du haut se lisent ensemble. Déposer vous met dans la course. C’est le document qui décide si le comité peut vous noter.
Pourquoi personne ne dépose
Ce n’est pas parce qu’il manque de firmes. Sur 24 mois de données d’attribution du SEAO, plus de 10 000 firmes différentes ont déposé au moins une fois en services professionnels compétitifs. Il y a du monde. Il n’y en a pas sur cet avis-là, cette semaine-là. Trois raisons reviennent.
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La première page coûte toujours le même prix
Dans une firme de 8 à 80 personnes, chaque soumission repart à peu près de zéro : on recopie une méthodologie dans un vieux document, on cherche le bon CV, on réécrit la fiche de projet qui existait déjà quelque part. La dixième soumission coûte autant d’heures que la première. Le coût de déposer ne baisse jamais, donc le calcul « est-ce que ça vaut la peine » donne non de plus en plus souvent.
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La fenêtre tombe toujours au mauvais moment
Le délai médian entre la publication et la fermeture est de 30 jours. Et le sommet de publication de l’année est en mars, avant la fin de l’exercice financier des donneurs d’ouvrage — c’est-à-dire exactement quand vos projets facturables débordent. La personne qui écrirait la soumission est la même qui livre les mandats.
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Sans la note par critère, ça ressemble à une loterie
Vous savez toujours si votre enveloppe de prix a été ouverte. La note par critère, elle, n’est pas publiée au SEAO : elle s’obtient sur demande écrite, généralement dans les 30 jours suivant l’annonce des résultats, et il n’y a pas d’équivalent général au municipal. Sans cette grille de retour, une firme qui a eu 68 ne sait pas quoi corriger. Deux échecs inexpliqués plus tard, soumissionner ressemble à un tirage — et on arrête d’acheter des billets.
Ce que ça change de travailler avec nous
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La deuxième soumission coûte moins cher que la première
Les méthodologies, les CV et les fiches de projets qu’on bâtit deviennent une bibliothèque qui vous appartient. La soumission suivante puise dedans au lieu de repartir de la page blanche. C’est le seul moyen de faire baisser le coût de déposer, et donc de déposer plus souvent.
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Les 30 jours redeviennent tenables
La veille arrive chaque semaine, triée, avant que le délai soit entamé. Quand vous dites d’y aller, la rédaction commence le jour même et ne se fait pas déplacer par un mandat facturable. En mars non plus.
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Vous décidez avec de l’information
Avant d’écrire, on lit la grille d’évaluation de cet avis-là et on vérifie si les preuves qu’elle demande existent chez vous. Vous recevez une réponse claire : « allez-y », « il manque des preuves » ou « ça ne passera pas 70 ». On ne prédit pas de note — le comité de sélection est le seul à en donner. Mais choisir où mettre vos heures cesse d’être une intuition du jeudi soir.
Et quand c’est nous qui déposons, on fait la demande écrite de communication des résultats par critère dans le délai — quand le donneur d’ouvrage y est tenu, ce qui est le cas des organismes publics et pas de toutes les municipalités. Gagné ou perdu, la bibliothèque apprend alors quelque chose, et le côté loterie recule d’une soumission.
Une nuance honnête sur le 57,6 %
Le chiffre des appels d’offres sur invitation est le plus spectaculaire des deux, et c’est le moins utile pour vous. Quand plus de la moitié des invitations ne rapportent qu’une soumission, l’explication est rarement que les autres invités manquaient de temps : c’est souvent que la liste d’invitation était courte, ou taillée autour d’une firme déjà en place.
Aucun texte, aussi bien écrit soit-il, ne vous ajoute à une liste d’invitation. Se faire inviter tient à autre chose : être inscrit où il faut, détenir les autorisations exigées, et avoir déjà livré pour ce donneur d’ouvrage. Le 20,4 % des avis publics, lui, est entièrement à votre portée : l’avis est là, il est ouvert, et personne ne se présente.
Ce que ces chiffres ne disent pas
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Ils excluent les avis qui n’ont reçu aucune soumission
La série ne compte que les appels d’offres ayant reçu au moins une soumission. La non-participation réelle est donc plus grande que ce que montre le tableau, pas plus petite.
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Ils ne mesurent pas la qualité des documents déposés
Un compte de soumissionnaires ne peut pas distinguer « les mêmes firmes qui déposent de meilleurs documents » de « rien n’a changé ». On sait que le nombre de déposants n’a pas bougé. On ne prétend pas savoir ce qu’il y avait dedans.
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Ce n’est pas une promesse de contrat
Un taux provincial ne dit rien de votre secteur, de votre région ni de l’avis que vous regardez cette semaine. Il dit seulement où chercher. Le reste se vérifie avis par avis.
Combien en avez-vous laissé passer ?
Dites-nous dans quel secteur et quelles régions vous travaillez, et combien d’appels d’offres vous avez laissé filer l’an dernier faute de temps. On vous dira franchement si on peut aider.
Un appel de quinze minutes. Voir aussi : un outil, un pigiste, ou quelqu’un à l’interne.